Entretien avec Brigitte Alepin de « Radio-Dodo »

L’UNESCO a le plaisir de rendre cet entretien disponible et libre de droits en version texte et audio pour célébrer la Journée Mondiale de la Radio 2019. Les stations de radios sont tout particulièrement encouragées à diffuser cet entretien, que ce soit dans sa totalité ou bien en extrayant les réponses et en posant les questions directement.

L’UNESCO s’est entretenue avec Mme Brigitte Alepin, fiscaliste et écrivaine renommée et influente, dont l’expertise est réclamée tant par les gouvernements et les ONG que par les entreprises privées. Brigitte a été formée à Harvard puis redonne à l’Université du Québec à Montréal. Elle porte la Syrie dans son cœur et dans le nom de sa famille paternelle, venue d’Alep. Ce qui l’a poussée à vouloir aider les populations déplacées par le conflit armé, et particulièrement les enfants. Un ami lui a fait valoir la magie du son qui passe les frontières. Il n’en fallait pas plus pour qu’elle se trouve étonnamment du temps libre et fonde Radio-Dodo dont elle est l’âme et le phare.

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Q. Merci beaucoup Brigitte Alepin d’être aujourd’hui avec nous pour nous parler de la Journée mondiale de la radio 2019. Vous avez fondé une initiative radiophonique pour les enfants victimes de guerres intitulée « Radio-Dodo », pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce projet ?

Radio-Dodo est une radio pour les enfants victimes de toute forme de violence. L’idée est de les accompagner le soir au moment du dodo pour essayer d’aider à leur faire de beaux rêves et essayer de leur faire oublier leurs inquiétudes, l’atmosphère de violence. Radio-Dodo leur prépare une émission de radio qui dure une heure avec des contes, des histoires. Chacune des radios portent un thème et essaye d’atteindre le plus d’enfants possible. Nous préparons 3 émissions de semaine chaque semaine, une en français, une en anglais et une en arabe donc les enfants peuvent choisir l’émission selon la langue parlée.

Q. Qu’est-ce qui vous a motivé à lancer ce projet ?

Je suis née au Québec, comme on peut le deviner par mon accent. En 2004 je suis partie pour un long voyage avec ma famille, en Syrie pour voir la ville d’Alep, d’où mon nom, Alepin, de la ville d’Alep. C’est important pour moi de montrer à mon fils la ville de nos origines. Mon grand-père était d’Alep. Mon fils a joué avec des enfants d’Alep. Même si je n’étais pas voilée et que mon fils est québécois, il n’y avait pas de différences. Les enfants ont accueilli mon fils comme si c’était un des leurs, depuis toujours. Lorsque les conflits ont éclaté, j’ai ressenti une peine, le besoin d’aider, un besoin énorme jamais ressenti avant, qu’il y avait une injustice dans la vie, que les enfants avec qui il avait joué étaient coincés dans ce conflit alors que nous au Québec, nous étions en sécurité. De là est venu ce besoin d’aider, viscéral. Tant que je n’avais pas trouvé une façon d’aider, je ne me sentais pas bien. Rendre leur amour aux enfants rencontrés à Alep.

Q. Pourquoi avoir choisi la radio pour venir en aide à ces enfants ? Quel est l’apport de ces émissions dans leurs vies ?

En 2011, lorsque les conflits ont éclaté, j’ai cherché une façon d’aider. J’ai participé à des rencontres à la Banque Mondiale où on discutait comment répartir des aides importantes de plusieurs centaines de millions. J’ai constaté que lorsque de gros conflits éclatent, c’est difficile que les personnes qui sont coincées dans ces conflits, notamment des enfants, il est difficile de pouvoir les aider parce que lorsque la guerre est là et que c’est très dangereux évidemment, les organisations internationales ne vont pas mettre la vie de leurs employés en péril pour rentrer dans les grandes zones de conflits. C’était important pour moi d’aider là-bas, pas uniquement des réfugiés qui ont également besoin d’aide aussi, mais d’aider les enfants coincés dans les conflits. J’avais un bon ami qui m’a parlé d’un projet de radio sur lequel il travaillait, il disait que la radio jouait un rôle important en temps de guerre car elle traverse les frontières. J’ai pensé instantanément à une radio internationale pour les enfants qui se retrouvent en famille, ensemble, à travers la radio.

On espère que cette radio va devenir une partie de leurs habitudes, de leurs vies, qu’ils vont avoir le réflexe d’écouter une émission de Radio-Dodo en se couchant, que pour eux cela devienne un endroit où se réfugier lorsqu’ils se sentent inconfortables.

Q. Quelle est la contribution de la radio pour promouvoir la compréhension et la tolérance à l’égard des réfugiés ?

Radio-Dodo est une émission de radio politiquement et religieusement neutre totalement destinée aux enfants. Nous ne faisons aucune différence entre les enfants. Nous estimons que tous les enfants méritent d’être réconfortés au moment du dodo, surtout les enfants victimes de guerres ou de violences. En ce sens, nous lançons, je l’espère, un message d’inclusion, de tolérance et d’amour pour tous les enfants. Je pense que les enfants, leurs parents et toutes les personnes qui écoutent Radio-Dodo peuvent ressentir que l’on ne fait pas de différences. On ne sait pas de quel pays viennent les enfants et on invite les personnes qui nous écoutent à ne faire aucune différence non plus. Les enfants héritent de l’amour et du réconfort. Il n’est pas important de savoir d’où ils viennent, de quel couleur ils sont, à quelle religion ils appartiennent, ce sont nos enfants et on doit les protéger.

Q. J’imagine que depuis la création de Radio-Dodo, les émissions ont couvert des histoires aux sujets variés. Y en a-t-il une qui aurait particulièrement mis l’accent sur l’égalité des genres ?

Non, nous ne traitons pas de ce genre de sujet dans les émissions. On essaie d’éviter toute question sur l’égalité des genres. Nos émissions sont destinées aux enfants entre 4 ans et 10 ans. Toutefois, notre message par rapport à l’égalité des genres est fort, surtout cette année, Radio-Dodo est animée par trois petites filles. Alice pour les émissions en français, en anglais par Francesca qui a 9 ans et en arabe par Raaf qui a 10 ans. Donner le micro à trois jeunes filles qui font un travail exceptionnel renvoie un message qui n’a pas besoin de plus de commentaires que cela.

Q. Le thème de la Journée mondiale de la radio 2019 est « Dialogue, Tolérance et Paix ». Quel serait votre message pour cette journée ?

Mon message personnel est très simple. Si c’est vrai que l’on n’a juste qu’une vie à vivre, pourquoi ne pas choisir de la vivre dans un environnement de dialogue, de tolérance et de paix. J’ai l’impression que la vie est plus plaisante dans ces circonstances. On peut faire des choses internationales pour promouvoir le dialogue, la tolérance et la paix, mais commençons dans nos propres familles, dans notre propre entourage à le faire. C’est une bonne façon de pratiquer pour peut-être être plus efficace par la suite au niveau international. La radio c’est évidemment un bon moyen, un bon média pour dialoguer entre nous au niveau international même si dans certaines régions elle n’est pas accessible car il n’y a pas internet. Cela restera toujours une façon extrêmement importante pour se comprendre et dialoguer entre nous.

 

Merci beaucoup Brigitte pour votre témoignage et pour toutes ces informations sur cette très belle initiative !

Source de l’entrevue : UNESCO

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